Atelier 2 des Jeunes Leaders : Immersion dans une enquête de terrain !

En bilan de la deuxième session des ateliers Jeunes Leaders au Cameroun, Sénégal et Côte d’Ivoire, qui se sont clôturés en décembre dernier, revenons à travers de nombreux témoignages sur la journée phare de cette semaine de formation : l’étude de terrain ! Thomas Guyon, formateur de la session sénégalaise, nous explique en quoi consiste cette étape dans la conduite d’un projet.

Il s’agit d’une journée destinée à aller au contact de ses futurs clients et utilisateurs. Idéalement, ce premier contact doit être direct et se réaliser là où les futurs utilisateurs sont censés bénéficier du produit ou service. Cette journée est pour lui la plus importante dans le processus de conception d’un projet car elle permet aux leaders de vérifier leurs hypothèses. Cette démarche de rencontres des acteurs et bénéficiaires potentiels d’un projet doit également s’accompagner le l’élaboration d’un questionnaire.

 

Les Jeunes Leaders sénégalais avec le formateur de l’atelier 2 Thomas Guyon

Pour la jeune leader ivoirienne Djeneba Kamate, il s’agit de l’étape la plus importante. La réalisation du questionnaire doit être très longuement étudiée afin d’obtenir les informations les plus utiles. Dans son cas, les données récoltées lui ont permis de réorienter la stratégie de son projet.

En se confrontant à la réalité de terrain, l’enquêteur peut parfois s’apercevoir que les gens n’ont pas exactement les mêmes attentes ou difficultés imaginées. Pour Camila Lopes, la formatrice de l’atelier au Cameroun, c’est ce type de résultats qui peut être difficile car il est courant que certains entrepreneurs aient peur de se confronter à la réalité, par exemple par crainte que leur idée soit critiquée. A cet égard, Camila souligne la motivation et le courage des jeunes leaders, qui ont tous participés activement à cette journée.  Pour elle, cette étape est impérative afin de valider son projet. Aller à la rencontre des potentiels usagers peut également permettre de concevoir d’autres opportunités et idées pour développer son projet ou encore de se créer une communauté.


Jeunes Leaders camerounais lors de l’atelier 2 avec la formatrice Camila Lopes et Diana Puyo de BSF

C’est d’ailleurs le cas de Kangah Donatien Koffi, un autre jeune leader ivoirien. Cette journée lui a permis d’affiner son projet et de le rendre opérationnel plus rapidement. L’exploitation de ses interviews lui a permis de réorienter sa stratégie. Il va ainsi bientôt pouvoir lancer une phase pilote de son projet grâce à différents contacts amorcés lors de cette étude.

 

Même si ce processus semble être le même pour chaque leader, la diversité des thématiques abordées et les spécificités des différents projets nous amène à avoir des retours d’expériences multiples. Petit aperçu des types d’études qui ont été menés par ces derniers.

 

Elsa Kane Njiale, qui porte le projet de créer un pôle sourd pour usagers déficients auditifs, est allée à la rencontre de Sandra, une étudiante en science de la santé atteinte d’une surdité sévère. Cet exercice lui a semblé aisé car elle n’est pas à son premier contact avec sa population cible. Elle mène d’ailleurs, depuis le début de son projet, plusieurs petits entretiens avec ce public.

 


La jeune leader camerounaise Elsa Kane Njiale en préparation de son étude de terrain

 

Une étude d’un autre type a été réalisée par Christine Danielle Evina. Cette jeune camerounaise porte un projet innovant dans le domaine de l’information et de la santé. Elle souhaite développer un service de biblio thérapie dans les hôpitaux de Yaoundé, ainsi qu’une plateforme d’information en santé infantile. Cette initiative l’a amené à prospecter un hôpital pilote localisé dans le quartier de Biyem-Assi, afin d’étudier la faisabilité de son projet. Ce déplacement lui a permis de dialoguer avec de nombreux acteurs de l’établissement et d’obtenir une mailing list d’une quinzaine de stagiaires intéressés par son projet. Cette expérience a permis de renforcer sa motivation, de part la confirmation de l’utilité de sa démarche pour le personnel médical aussi bien que pour les enfants hospitalisés.

 

Si l’on demande à la leader sénégalaise Fatou Diop, elle nous parle d’une étape riche et importante pour la mise en œuvre de son projet. Pour cette jeune femme qui cherche à créer une solution pour faciliter l’accès à l’information à des étudiants originaires de toute l’Afrique, connaître ce public et son mode de vie est fondamental. Les échanges menés avec ces étudiants lui ont par exemple apporté des informations sur leurs déplacements, leurs stages ou encore leur difficultés à écrire à distance leur mémoire lorsqu’ils rentrent chez eux. Ces échanges ont été marqués par une multiplicité de propositions pour son projet et plusieurs encouragements confirmant la pertinence de son initiative !

 

John Kampoer, jeune leader engagé dans la mise en valeur du patrimoine historique du Cameroun et de la mémoire nationale de la première guerre mondiale, a également apprécié mener son étude de terrain. Cette expérience lui a permis de confronter sa vision de son projet avec d’autres lectures de la question patrimoniale.

 

La journée d’étude terrain peut aussi être un moyen d’identifier de nouveaux acteurs amenés à collaborer au projet. C’est par exemple le cas de Daniel Baleba, qui en rencontrant des conseillers d’orientation, a découvert des acteurs centraux de son initiative. Son projet portant sur la mise en place d’une plateforme d’orientation académique, ces derniers pourraient être des futurs ambassadeurs de son projet.

En se rendant sur le campus principal de l’université Yaoundé I, Prudence Niclaire Nkolo a, quant à elle, eu la confirmation que son projet intéressait les chercheurs, les principaux bénéficiaires de son initiative. Cette dernière a pour objectif de créer une bibliothèque numérique des thèses et mémoires de l’université.  

Malgré ces résultats très encourageants, l’exercice n’était pas évident au début. Elle nous partage ainsi la méfiance de certains des premiers étudiants rencontrés, qui ne se montraient pas très collaboratifs. Elle souligne d’ailleurs le besoin de bien se présenter et d’avoir un élément d’identification telles qu’un T-shirt affichant le logo de BSF Campus, permettant de briser la glace avec les individus abordés.

Une autre difficulté soulevée par la leader du Sénégal Banouna Sam, est la bonne compréhension ou assimilation du projet par les personnes interviewées. Souhaitant développer une bibliothèque mobile sur Dakar et sa banlieue, elle a été confrontée lors de son enquête de terrain à un public ne comprenant pas bien le concept de la bibliothèque mobile.

Selon elle, la lecture n’est pas une préoccupation considérée comme urgente au Sénégal et la présence très rare de bibliothèques municipales ou de centres documentaires dans les écoles du pays n’incitent pas les gens à lire beaucoup. Cette enquête de terrain a permis à Banouna de prendre conscience des obstacles à surmonter dans la mise en œuvre de son projet. Elle peut désormais envisager les solutions permettant de favoriser l’adhérence du public sénégalais à son initiative !


La leader sénégalaise Banouna Sam en séance de formation de l’atelier 2

Pour Amadou Ciss, qui souhaite mettre en place une bibliothèque à Pikine, au Sénégal, c’est la disponibilité des étudiants rencontrés qui lui a posé le plus problème. Etant pour la plupart d’entre eux occupés par leurs révisions, les étudiants interrogés ne lui ont consacrés que très peu de temps, alors qu’il aurait souhaité développer ses questions. Ces échanges lui ont cependant servi à mettre en évidence le besoin d’avoir une bibliothèque complète en matière de recherche et de documentation située dans la banlieue de Dakar.

Mamadou Cissé, qui développe un projet d’informatisation et de renouvellement du fond documentaire de la Bibliothèque Ousmane Sembene de Yoff au Sénégal, a aussi rencontré des difficultés dans la compréhension de son projet. Il a passé un temps important à présenter son initiative qui comporte différents aspects techniques en lien avec l’informatique devant une quinzaine de personnes. A l’issu de son étude, il a eu la bonne surprise d’obtenir des propositions d’accompagnement et de partenariats pour la mise en place de ses formation de personnel.


Démarrage de l’atelier 2 de BSF Campus en Côte d’Ivoire

En guise de bilan de cette expérience, se confronter avec son public-cible a été une étape importante pour chacun des jeunes leaders de BSF Campus. Qu’ils aient été confirmés dans leur idée ou que ces rencontres aient abouti à une réorientation de leur projet, les leaders sortent tous de cette expérience avec un projet renforcé pour la suite du programme et des objectifs plus en lien avec la réalité de leur environnement.