Bibliothèque de la Renaissance Africaine d’Abidjan, quelle utilité ?

La signature fin 2015 d’un accord portant sur la construction à Abidjan d’une bibliothèque d’envergure continentale a suscité moult réactions au sein des acteurs du monde de la bibliothèque ivoirienne. Entre admiration et réserves, les questionnements vont bon train.

40 mois soit plus de 3 ans de travaux,  un coût total de 49 milliards de Francs CFA, un immeuble de 14 étages, près de 900 places de parking en sous-sol, un espace de 10 000 m2 et déjà classée « parmi les 10 grandes bibliothèques d’Afrique, première d’Afrique noire francophone » !

La future Bibliothèque de la Renaissance Africaine d’Abidjan donne le tournis et fait même rêver les jeunes professionnels ivoiriens de la bibliothèque. Jonas Aké, actuellement en poste à l’Institut National de Spectacle, des Arts et de l’Action Culturelle est « pressé de voir cette bibliothèque » et « pourquoi pas » y travailler.  « Avec toutes les commodités qu’elle promet », Attreman Junior jeune leader BSF Campus de la Bibliothèque Nationale de Côte d’Ivoire (BNCI) avoue être tenté.

  « … C'est une très belle initiative », commente Larissa Yapo du Centre de documentation de l’ONG Jeunes Volontaire pour l’Environnement. « Nouvelle source d'emplois pour les jeunes », cette nouvelle bibliothèque viendra, espère-t-elle, « rehausser le niveau du goût de la lecture des Ivoiriens, faciliter l'accès à l'information, favoriser l'échange entre les pays africains ».

Bibliothèque régionale ou Bibliothèques locales ?

Pressantes, les attentes de ce joyau sont nombreuses. De même que les griefs. Déjà, Larissa regrette que le site retenu pour la construction de l’édifice soit au Plateau, la commune administrative de la capitale abidjanaise. «… Le Plateau est saturé », estime-t-elle. Djénéba Kamaté, du Centre Culturel Français d’Abidjan, elle, s’interroge.

« A quoi répond ce projet de construction d'une nouvelle bibliothèque à Abidjan? Combien de communes possèdent une bibliothèque ? ». Dans la plupart des communes, il n’existe pas de bibliothèque publique, confirme Attreman de la Bibliothèque Nationale. « Les rares qui existent … sont très pauvres en équipements », ajoute-t-il.

Les bibliothèques scolaires, de leurs côtés, peinent à enrichir les fonds documentaires. La bibliothèque de l’Université Félix Houphouët-Boigny, la plus grande Université du pays et située à Abidjan n’est que de nom. C’est devenu « une salle d'études », raconte Djénéba comme pour étayer son propos.

Abondant dans le même sens, Obin Guiako, jeune leader BSF Campus et porteur du célèbre FabLab de la commune populaire d’Abobo, dénommé BabyLab, apparaît plus critique. Il dénonce un mauvais investissement. « On construit une bibliothèque qui va rivaliser avec les autres pays d'Afrique en laissant la nationale (BNCI) en ruine » dans la même commune du Plateau, précise le jeune leader.

Leurs propositions ? Rénover les bibliothèques existantes et construire plusieurs bibliothèques adaptées aux besoins locaux dans les établissements scolaires, les zones reculées ou défavorisées de la Côte d'Ivoire où les bibliothèques sont absentes.

La BRAA, nouvelle Bibliothèque Nationale ?

Côté BNCI, l’on accueille « avec joie » le projet d’autant qu’une rénovation en « une bibliothèque de jeunesse » de l’Institution est annoncée.

Selon les confidences d’Attreman Junior, l’actuel Bibliothèque Nationale en était informée « depuis un an » et a même « été associée au projet de la BRAA pour donner des orientations sur les services à créer et les équipements à fournir pour permettre à cette nouvelle structure documentaire de répondre efficacement aux attentes ».

« … La signature du contrat de l’Etat avec ses partenaires constitue pour nous une avancée notable qui prouve que la BRAA ne restera pas au stade de maquette », affirme le jeune leader des lieux.

Quel avenir pour la Bibliothèque Nationale ?

« Si la BRAA n’est pas la nouvelle bibliothèque Nationale, cela n’empêche en rien le bon fonctionnement de la BNCI, par rapport à sa mission première qui est la conservation absolue du patrimoine documentaire ivoirien », rassure Junior Attreman.

« Tant que des ouvrages (livres et journaux) seront publiés sur le territoire national, la BNCI se chargera de conserver au moins un exemplaire de chaque titre pour les générations futures … ».

Et Attreman de préciser que la BNCI ne conserve pas seulement les livres. « Elle est également chargée de sauvegarder les documents non textuels, notamment, les cartes (administratives, géographiques et minières), les timbres, les documents audiovisuels, etc. », conclut-il. Autrement dit, la Côte d’Ivoire aura toujours besoin d’une Bibliothèque Nationale.


Donatien Kangah